Vie pratique

Pernelle Marcon: renaître de son handicap à 20 ans grâce au sport

Une maladie fulgurante a fait perdre ses jambes à cette handballeuse originaire de Surgères. Avec courage, la voici qui se redresse, s’appuyant – entre autres – sur un appel aux dons.

Le blog de Pernelle : «J’ai perdu mes jambes, mais je me sens pousser des ailes»

Pernelle le reconnaît: «Souvent, les gens ne se lancent de pareils défis que deux ou trois ans après l’arrivée du handicap, mais moi, je ne peux pas attendre !». Pernelle a vingt ans, beaucoup de fatigue accumulée ces derniers mois à force de rééducation, mais aussi cette fougue qui lui fait nommer son blog: «J’ai perdu mes jambes, mais je me sens pousser des ailes», explique sa mère Thérèse.

Pernelle reçoit de nombreux messages de soutien

Depuis quelques semaines, cette jeune fille qui a grandi non loin de Surgères éprouve la solidarité d’autrui et se laisse surprendre. «Franchement, je ne croyais pas que mon appel aurait un tel écho ! Tous ces messages, c’est du soutien, de la chaleur, beaucoup de travail aussi pour répondre, organiser les choses». Même si elle assure ne pas vouloir tirer de larmes aux gens – «Je n’ai aucune envie d’inspirer la pitié» -, Pernelle les touche par son histoire et son courage, comme avant elle a pu toucher la force d’un Philippe Croizon, qu’il lui fait d’ailleurs partager.

A 14 ans, Pernelle Marcon intègre le pôle espoir d’Angoulême et « tutoyait le haut niveau » de hand

Pernelle, demoiselle au clair regard noisette, a grandi dans les gymnases où ses parents, tous deux instituteurs et passionnés de handball, consacraient leur temps libre à entraîner des jeunes. «Le hand, ça fait partie de la famille. Ma soeur aînée l’a pratiqué et moi aussi, dès que j’ai pu». Avec brio ! A 14 ans, Pernelle Marcon intègre le pôle espoir d’Angoulême, puis poursuit ses études au lycée Marguerite de Valois. «Là, on tutoyait le haut niveau. En plus des entraînements, on faisait de l’athlétisme, de la musculation. On était avec les meilleures régionales, c’était très stimulant».

Un parcours foudroyé

Pernelle a été capitaine de l’équipe du pôle espoir Poitou-Charentes, qui était devenue vice-championne du pôle

En terminale, Pernelle devient même capitaine de cette équipe du pôle espoir Poitou-Charentes, «l’année suivante, l’équipe devenait vice-championne du pôle !» Mais la bachelière avait déjà quitté Angoulême pour Poitiers et un club talentueux – «Le PEC JC, l’équipe évolue en nationale 1» – et surtout la fac de lettres. «Je voulais tout de même donner la priorité à mes études. Je suis dans une licence partenaire de Sciences Po qui prévoit un semestre à l’étranger.»

Une maladie rare imprévisible et foudroyante : «le méningocoque purpura fulminans

En 2011, Pernelle est ainsi partie six mois au Pérou. Enrichissant voyage, «qui n’a rien à voir avec le déclenchement de ma maladie, comme certains l’ont cru à tort». Celle-ci est aussi rare qu’imprévisible et foudroyante. Ce jour de mars 2012, la jeune étudiante poitevine a d’abord cru à une forte grippe avant d’être admise aux urgences, ou tout s’est emballé. «Cette maladie s’appelle méningocoque purpura fulminans. En 72 heures, elle peut vous tuer».

Amputée des deux jambes et d’une partie des mains, Pernelle a décidé de ne pas s’apitoyer sur son sort

Pernelle s’est, elle, réveillée en rescapée du coma artificiel dans lequel les médecins l’ont d’abord placée, pour apprendre qu’elle serait amputée des deux jambes et d’une partie des mains. «C’est ça qui a été le plus dur. Les mains, c’est symbolique. On se donne la main, on caresse… et puis c’est le hand». Mais aussi vite qu’elle l’a pu, l’étudiante a fermement pris le parti de ne pas s’apitoyer sur son sort, portée par le soutien des siens, «aussi de mes amis péruviens qui m’ont beaucoup écrit», enfin par l’exemple de l’athlète Philippe Croizon.

L’association Handicap 2000 de Philippe Croizon supporte l’appel aux dons lancé par Pernelle Marcon

Amputé des quatre membres, le Châtelleraudais a su transformer son destin en carrière sportive, réussissant en 2010 l’exploit de traverser la Manche à la nage. «Il est venu me voir dans ma chambre au CHU de Poitiers. Il a une énergie incroyable, il est totalement positif. C’était avant qu’il entreprenne son défi de cet été, relier à la nage des cinq continents.» Aujourd’hui, l’association Handicap 2000 de Philippe Croizon supporte l’appel aux dons lancé par Pernelle Marcon (1).

Le sport fait partie de la vie de Pernelle

Cette dernière a passé de longues semaines au centre de rééducation Grand Feu de Niort, à apprendre à se déplacer avec des prothèses aux jambes, apprendre à se servir des seules deux phalanges qui lui restent à la main droite, se remuscler, reprendre force. «Reste que le sport fait partie de ma vie. J’en ai absolument besoin pour pouvoir me reconstruire; Il me faudra de nouveau courir, faire du jogging ou de la rando pour commencer.»

Pernelle, qui a besoin de prothèses en lames de carbone spéciales, fait appel à la générosité

Afin d’y parvenir, Pernelle doit disposer de prothèses de qualité supérieure, en lames de carbone spécialement conçues pour elle, sa taille, son poids, son gabarit. Coût de l’appareillage: 20 000 €. Faute d’en disposer, l’étudiante a eu l’idée de cet appel à la générosité des particuliers. «Tant que je ne fais pas de compétition, je ne peux pas compter sur le sponsoring d’entreprises».

«Ouvrir un peu plus les gens sur le handicap»

Pernelle a créé son blog et utilise la presse

Lancé d’abord sous la forme d’un simple mail aux amis et camarades sportifs afin qu’ils le relayent, cet appel s’est déployé comme une pyramide inversée. Pernelle a créé son blog, répondu à la presse. «Si la somme est dépassée, l’argent ira à l’association et servira à d’autres». Pernelle agit à la fois pour elle et, espère-t-elle, «pour ouvrir un peu plus les gens sur le handicap. Notre société a le culte du corps. Il faut à tout prix être beau, parfait. C’est ce qui pousse les handicapés à se replier sur eux-mêmes.»

Pernelle compte reprendre ses études et se remettre à courir

La jeune Surgérienne n’en a pas l’intention. Dès qu’elle aura repris un peu de force, elle retournera à Poitiers dans son studio. «J’ai la chance de pouvoir être autonome». Elle reprendra ses études là où elle les a laissées. Elle espère courir. Vite. De plus en plus vite. «J’ai 20 ans. Pourquoi, à cause de l’injustice d’une maladie, devrais-je renoncer à tous mes projets ?»

(1) Pour participer, on peut envoyer un chèque à l’ordre de Handicap 2000 en précisant: «Au bénéfice de Pernelle Marcon», Le Chopin, 86220 Saint Rémy/Creuse.

Par Agnès MARRONCLE

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